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Pour l'égalité professionnelle des sexes, par Jean-François Copé

Il faut l'avouer, à l'Assemblée, la parité n'est pas du tout respectée: malgré les pénalités financières qui sanctionnent les partis PS comme UMP, 18.5% seulement des députés sont des femmes! Que dire du Gouvernement...Reconnaissons qu'il y avait eu des vraies avancées en 2007. Mais on peut regretter que deux ans plus tard, au niveau des ministres, il n'y ait désormais plus que 4 femmes et 14 hommes...

 

Il faut une volonté politique

La famille politique à laquelle j'appartiens a beau avoir fait des progrès, elle n'est pas encore exemplaire, loin de là ! Il y a toujours mille raisons pour justifier cette situation: la prime au sortant, au réseau, à l'implantation locale... Les faits sont là: lorsque les élections approchent, le renouvellement est trop rare. Je ne crois pas à la vision «tranquillisante» qui dit qu'avec le temps, tout ira mieux. La clé du changement, c'est la volonté des dirigeants des partis de changer. C'est l'engagement continu des femmes, c'est leur investissement militant, c'est leur refus de jouer les seconds rôles !

Pour ma part, depuis mon arrivée à la présidence du groupe UMP, je veille à assurer un équilibre dans les prises de parole, lorsque nous formons un groupe de travail, une commission... J'ai surtout réservé des postes pour des femmes dans les élections internes. Nous sommes fiers aujourd'hui d'avoir une Vice-présidente UMP à la tête de l'Assemblée nationale -Catherine Vautrin-, alors qu'il n'y avait autrefois que des hommes. De même, il y a enfin une femme à la tête d'une commission permanente de l'Assemblée, grâce à l'élection de Michèle Tabarot comme présidente de la commission des affaires culturelles et de l'éducation.

Dans la sphère économique, la situation est encore pire qu'en politique. L'inégalité est d'abord salariale: la rémunération brute totale moyenne des femmes est inférieure de 27% à celle des hommes. L'écart est plus élevé encore parmi les plus diplômés et les salariés les plus âgés. L'inégalité existe aussi pour l'accès aux postes à responsabilités: les femmes constituent près de la moitié de la population active: 47%. Et quelle est leur place dans les conseils d'administration des 500 premières entreprises françaises? 8% ! Près de 60% des sociétés en question n'ont tout simplement pas de femmes dans leur conseil d'administration. Là encore, comme en politique, les explications ne manquent pas: la difficulté à concilier vie professionnelle et vie familiale, l'impact des congés maternité (55% des femmes ont le sentiment qu'ils ont des conséquences négatives sur leur déroulement de carrière...), le manque de renouvellement des instances, le multi-cumul des mandats d'administrateurs répartis entre quelques personnes... Cela fait-il une excuse valable? Bien sûr que non! Une fois qu'on a dit son désaccord, on ne peut plus se contenter d'un discours avec des belles intentions. Faut-il attendre que les choses changent toutes seules ? Non : il faut un déclencheur pour accélérer le changement!

Révolutionner les entreprises

Marie-Jo Zimmermann, député de la Moselle, a déposé une proposition de loi pour appliquer le principe constitutionnel d'égal accès des femmes et des hommes aux postes de responsabilité. Elle propose que la part de femmes ou d'hommes dans un conseil d'administration d'une grande entreprise ne puisse plus être inférieure à 40% dans les 5 ans qui viennent. A terme il faudra aller jusqu'à 50%. Certains s'en offusquent. Pour moi, il est temps de donner un signal fort. Il faut briser ce plafond de verre qui freine les femmes dans leur carrière, de façon injuste.

Avec une telle révolution à la tête des entreprises, on peut espérer une impulsion qui se diffuse dans toutes les organisations. Aujourd'hui, les jeunes femmes sont notamment tiraillées entre leur carrière professionnelle et leur désir de maternité. Même si la France est un pays qui arrive à concilier un des plus hauts taux d'activité des femmes et un taux de fécondité élevé, l'articulation de la vie familiale et de la vie professionnelle reste un casse-tête. Quoiqu'on en dise, la maternité est encore trop souvent pénalisante. Je suis sûr que le jour où une jeune femme d'une trentaine d'années verra dans le conseil d'administration de son entreprise des femmes qui ont pu mener de front une carrière professionnelle et une vie personnelle, elle se sentira tirée vers le haut.

Surtout, cela permettra de propager par le haut de nouvelles bonnes pratiques pour lutter contre les inégalités entre femmes et hommes dans l'entreprise. Les conseils d'administration ont effet le devoir de veiller à la stratégie de l'entreprise, notamment en matière de rémunération. La parité dans les conseils d'administration, c'est donc un moyen de veiller à une politique salariale équilibrée entre les femmes et les hommes.

Dans la même logique, je suis pour une obligation de parité sur les listes prud'hommales et sur les listes de délégués du personnel et des comités d'entreprise.

Bien sûr, on nous objectera que l'entreprise n'a pas vocation à être représentative. Contrairement aux instances politiques. Et donc que la parité obligatoire est légitime dans une assemblée représentative mais pas dans le monde économique. Ce raisonnement s'applique sans doute pour des petites entreprises, où l'exigence de parité serait impossible. En revanche, au conseil d'administration d'une grande entreprise, c'est la sous-représentation des femmes qui n'est pas légitime ! Je vois tout le bénéfice que tire de la parité une équipe dirigeante dans une collectivité locale. Je crois qu'il faut en faire profiter le privé ! D'ailleurs une étude de Michel Ferrary, chercheur à Sophia-Antipolis, montre que les entreprises qui emploient le plus de femmes, notamment chez les cadres, sont plus performantes et rentables que les autres!

Par cette décision, la France affirmerait son engagement déterminé sur la question de l'égalité hommes-femmes. Il y a une forme de tartufferie à invoquer ce principe lorsqu'il s'agit de dénoncer le port de la burqa, si on ne fait rien par ailleurs pour lutter contre des inégalités au coeur de notre système économique. Cela ne règlera pas d'un coup tous les problèmes: il n'y a pas de solution unique. Mais ce serait une impulsion décisive dans l'effort continu que nous devons mener pour l'égalité entre les femmes et les hommes.

Jean-François Copé

 

(9 commentaire)

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Commentaire de natanihu
21/10/2009

Non, non, non et non !

Encore une loi inutile qui s'avèrera sur le terrain être une usine a gaz et ne sera de toute façon pas appliquée ou pas respectée...

Tout comme PS et UMP, les grandes entreprises préfèreront payer des pénalités plutôt que de travailler a une "parités légale".

D'une manière générale je pense qu'il est un peu malsain que l'état fourre son nez jusque dans les conseils d'administration surtout pour imposer une politique des quotas !!! Il n'y a rien a mon sens de plus dangereux que d'imposer a une réalité humaine un dictat du pourcentage. Que pourra penser un homme méritant qui ne serais pas nommé au bénéfice d'une femme "catapultée" pour son sexe ?
Que dire aussi d'une collaboratrice méritante a qui l'on reprochera en catimini dans les couloirs d'être "le quota bonne-femme de la loi Zimmermann" ?

L'un des piliers idéologique de la droite en général et de l'UMP en particulier me semblait être le mérite tandis que je rangeais plutôt la politique du quota dans l'arsenal de fausses bonnes idées de la gauche...

Je me trompe donc ?

Commentaire de Deenye
22/10/2009

"Le patron des députés UMP Jean-François Copé s’est targué jeudi d’avoir désamorcé le conflit entre le gouvernement et sa majorité sur la réforme de la taxe professionnelle (TP) dans le cadre de l’examen du projet de budget pour 2010 à l’Assemblée nationale.

Le patron des députés UMP a annoncé un «accord» après une réunion impromptue entre son groupe et la ministre de l’Economie Christine Lagarde, qui a nécessité une longue suspension de séance dans l’hémicycle.

Au terme de cette «coproduction législative», tant vantée par M. Copé, les députés UMP renonceraient à revenir sur l’exonération de TP des entreprises de moins de 500.000 euros de chiffre d’affaires."


A part ça, Copé ose parler de 'hyper parlement', alors que l'on constate ici une fois de plus que "plus godillot que Copé, tu meurs"...

Où est la séparation des pouvoirs garantie par la Constitution?

Commentaire de Tardy
25/10/2009

Je suis d'accord pour l'égalité femme/homme dans le travail, mais contre les quotas. Seule la valeur peut être un critère, rien d'autre.
Il faut être conscient que les hommes et les femmes ne sont pas égaux mais complémentaires.

Commentaire de Stéphane Frappat
25/10/2009

Malheureusement, je considère cette proposition comme totalement irréaliste, voire illégitime. Un Conseil d'Administration est une collection d'expertise qui n'a pas vocation à être représentative de quoi que ce soit d'autre que des besoins de l'entreprise en termes de direction stratégique. La proposition de Mme Zimmermann met la charrue avant les boeufs: il faut d'abord favoriser la carrière des femmes au sein des grandes entreprises et leur accession aux principaux postes de responsabilité ; ce faisant elles acquèreront les compétences et l'expertise nécessaires à l'administratorat. D'autre part, cette proposition ne ferait que renforcer la vraie maladie française, c'est-à-dire la relation familiale, voire incestueuse, entre les conseils d'administration des grandes entreprises, toujours aussi fermés. On aura donc toujours la même dizaine de femmes participant aux grands conseil d'administration (voulez-vous les noms ?). Il est à mon avis au moins aussi important d'ouvrir les conseils d'administration français aux influences étrangères (le conseil d'administration de la société que je dirige à 7 membres de 5 nationalités, dont 1 femme). Finalement, qui la loi pénalisera-t-elle si ce quota n'est pas respecté et comment ? Les conseils d'administration sont élus par les actionnaires qui sont libres d'élire les représentants qu'ils souhaitent, toujours en fonction de leur expertise...

Commentaire de jluc
25/10/2009

Bonjour,

Quelles sont les femmes que vous pensez booster dans des conseils d'administration?

Cordialement,

Commentaire de bernard Carrascosa
26/10/2009

et si on commencait par appliquer la loi sur la parité en politique, avant d'en faire de nouvelles...
il ne faudrait pas que ca soit encore une fois: "faites comme je dis, mais pas comme je fais...."

Commentaire de Christine Bossu
30/11/2009

Inégalité renforcée, rappelons-le, au niveau des conseils d'administration que ces messieurs tiennent hermétiquement fermer aux femmes. Sans l'instauration, même provisoire, de quotas, nous n'arriverons à rien.

Commentaire de michel
01/12/2009

pour de nombreuses petites entreprises,,,,une femme pose problème et OUI
enceinte,un an d"arrêt,normal
comment faisons nous quand on est trois ou quatre?
donc,,on préfère un homme c"est clair,
se n"est pas de la discriminations,,,c"est du réaliste économique

Commentaire de Maxime
04/01/2010

Je pense qu'il est préférable de continuer dans le sens de la sélection par les qualités et non par le sexe. Je rejoins l'idée que les deux sexes sont complémentaires.
Je pense qu'afin d'assurer une parité à long terme et non de créer une n-ième discrimination positive, il faut promouvoir des associations telles que "Elles bougent" (Dont le slogan est : Transmettre la passion, susciter des vocations) qui permettent aux jeunes femmes de se former et de s'orienter vers des carrières administratives.
Ces solutions sont forcement plus longue à mettre en œuvre, mais moins préjudiciable pour les personnes qui seront arrivées à ce poste, non pas par l'aide d'une quelconque discrimination (cf le très beau commentaire plus haut là dessus) mais par leurs qualités propres ! Je pense que cet aspect de la réussite n'est pas à négliger.
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