
La régulation financière est toujours devant nous!
Le FMI prévoit une année 2010 marquée par une reprise économique mondiale à plusieurs vitesses: croissance molle en zone euro, robuste aux Etats-Unis, à deux chiffres en Chine. Ces prédictions engagent de prime abord à l'optimisme mais cette reprise sera fragile tant que l'économie mondiale restera à la merci de l'éclatement de nouvelles bulles spéculatives.
Les risques sont en effet multiples, notamment avec les suites de la crise des subprimes, dont on a pas encore perçu toutes les conséquences (le FMI estime que seule la moitié des 3000 milliards de dollars des dépréciations bancaires liées à la baisse des actifs a pour le moment été révélée...), ou avec la bulle spéculative dans les pays émergents où la surchauffe de la croissance (10% en Chine, 7,7% en Inde, 4,7% au Brésil) encourage les prises de risques inconsidérées.
En clair, la sphère financière tend à revenir au «business as usual», une fois passée la tempête médiatique sur les bonus. Ce retour à une spéculation financière en partie déconnectée de l'activité économique tient au décalage entre les déclarations d'intention sur la régulation du système bancaire au niveau international à l'automne 2008 et les mesures de contrôle déjà effectives en 2010. Le chantier de la régulation est encore largement devant nous. Parmi les grandes priorités, il faut notamment :
- Imposer une plus grande transparence aux établissements sur les montants prêtés aux ménages, aux entreprises et aux collectivités pour s'assurer que les banques financent réellement l'économie réelle.
- Eviter les dérives spéculatives en limitant les opérations des banques pour leur compte propre, ou a minima, en obligeant les banques à avoir les mêmes règles de transparence pour la gestion des fonds pour le compte de tiers et pour leur propre compte. Il faut également que les limites d'engagement des traders soient transmises à l'autorité de tutelle pour des sanctions immédiates en cas de dépassement. Surtout, il faut aligner tous les acteurs de marché sur les mêmes règles prudentielles interdisant les effets de levier excessifs qui mettent en péril l'équilibre du système.
- Avancer sérieusement sur la remise à plat des normes comptables qui ont un effet d'amplification des crises en intégrant d'autres paramètres que la valeur du marché pour l'évaluation des actifs.
- Encadrer davantage les instruments financiers comme la vente à découvert ou la titrisation, par exemple, en obligeant les banques à garder une partie des créances titrisées (la part la plus risquée) dans leur bilan, jusqu'au remboursement effectif des créances. La note émise par l'agence de notation au moment de la commercialisation du produit titrisé devrait aussi être révisée plus régulièrement.
- Revoir les missions des agences de notation: leur fonctionnement, le contrôle exercé sur leur activité, et éventuellement leur actionnariat.
Sur ces sujets, l'administration Obama a fait un certain nombre d'annonces mais elle agit finalement peu, notamment du fait de l'opposition du Congrès.
Quand Barack Obama, pour reprendre la main suite à son revers électoral dans le Massachusetts, a annoncé jeudi 21 janvier, des mesures de régulation du secteur bancaire, tout le monde en Europe s'est empressé d'applaudir sa démarche! Il a expliqué vouloir limiter les activités de marché spéculatives des grandes banques pour leur seul compte et réduire la taille des établissements financiers afin d'éviter que l'Etat se retrouve à nouveau dans l'obligation de venir au secours de mastodontes en péril.
Ces propositions sont intéressantes... à condition que les Etats-Unis passent à l'action. L'expérience doit nous engager à beaucoup de prudence. Il y a des précédents fâcheux. Qu'on songe, dans le domaine environnemental, à la non ratification du traité de Kyoto; dans le domaine comptable, aux normes IFRS que les Européens ont adoptées alors que les Américains conservent toujours leurs propres normes comptables plus souples, les US GAAP; ou encore au dispositif prudentiel Bâle II destiné accroître les exigences de fonds propres des banques, qui n'a toujours pas été adopté outre-atlantique alors qu'il est en vigueur dans l'Union européenne...
Le risque est que l'Europe se lance bille en tête dans une vaste réforme de la régulation de son système financier, déjà plus contraignant qu'outre Atlantique, alors que les Etats-Unis, au-delà des effets d'annonce, reportent sine die cet effort chez eux. Il en résulterait une distorsion de concurrence au détriment de l'Europe. Il serait pour le moins paradoxal que l'effort de régulation pèse exclusivement sur notre continent, qui est déjà plus raisonnable, alors que la crise est venue des Etats-Unis!
Ce risque n'est sûrement pas une raison pour abandonner le combat de la régulation en attendant la prochaine crise... Il doit inciter l'Europe à reprendre l'initiative et avancer unie pour défendre à l'échelle internationale un modèle de régulation financière raisonnable, valable pour tous les opérateurs dans le monde. Nous pouvons nous appuyer dans cet effort sur les opinions publiques du monde entier qui refusent que les choses reprennent leur cours comme si de rien n'était.









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Commentaire de Poupard Georges
28/02/2010
Commentaire de de Bohan Gilles
12/05/2010
Ils ne servent qu'à alimenter la spéculation et détruisent l'économie réelle et les emploies.
Ils ne sont pas une fatalité.
Ce sont les gouvernements du monde qui, après 1945 ont laissé créer ces outils .Les états n'ont pas jouer leur rôle de contre pouvoir.
En France, c'est Monsieur Bérégovoy en 1984 qui a lancé en grande pompe "la modernisation des instruments financiers."
La bourse, qui était un outil pour fournir des capitaux aux entreprises qui créaient de la valeur ajoutée et des emploies s'est transformée rapidement en casino.
Et on continue à laisser créer des outils de spéculations, sur les devises, les matières premières, agricoles et industrielles. Tout est virtuel et déconnecté de l'économie réelle;
Contrairement au casino ou seul le parieur prend ses risques, en faisant des paris sur la hausse ou la baisse d’un produit de base, on met en péril toute les filières de la production et l’avenir des gens qui y travaillent.
Tout cela pour gagner de l’argent, très vite et sans mouiller sa chemise, sans créer la moindre valeur ajoutée qui pourrait être partagée, sans créer le moindres emploie productif. Les seuls gagnants sont quelques banques avides et quelques traders sans scrupule.
Il est même possible de s’assurer contre le risque et le contrat d’assurance devient lui même un objet de spéculation sur les marchés. C’est de la folie furieuse.
C’est parfaitement immoral et c’est de l’anti-économie.
Maintenant, avec le Forex, même le particulier peut jouer à ces jeux de massacre.
Tout ces soit disant instruments contiennent en germe les résultats que l'on observe. Ils sont tellement complexes que la plupart de nos députés n’ont pas la moindre idée de leur mécanisme pervers. Et même après la crise de 2007, ils ne sont toujours pas interdits au prétexte qu'ils sont soit disant utiles pour les industriels. C’est un mensonge car sans ces « outils dangereux », rien n’empêcherait un industriel de négocier à court et à long terme ses prix d’approvisionnement.
En tout cas, c’est une force destructrice et incontrôlable qui nuit au bon fonctionnement de notre vie en société.
Cher Monsieur Copé, vous qui avez une réputation de parler vrai, il est urgent de mettre fin à ces outils d'auto-destruction. On parle de limiter l'arsenal nucléaire, mais les conséquences de ces outils de spéculation sont beaucoup plus présentes et mettent en péril l'ensemble des économies de la planète et la vie de milliards d'individus.
Il FAUT faire une proposition de loi en France et en Europe, au G20 et ailleurs afin de faire interdire purement, simplement et rapidement ces instruments de suicide collectif.
Cordialement
Giles de Bohan