
Impressions sur un débat étrange avec Martine Aubry
J'étais invité jeudi 27 novembre sur le plateau de «A vous de juger», sur France 2, pour débattre avec Martine Aubry d'un sujet qui me tient à cœur: l'identité nationale.
Dans le cadre de notre échange, j'ai voulu montrer le rôle majeur de cette question dans le débat politique et je me suis même livré en confiant que cette réflexion était à l'origine de mon engagement politique. Mais en face de moi, je me suis rendu compte que la patronne du PS, premier parti de l'opposition, n'avait manifestement pas pris la mesure de l'importance de ces sujets. Je ne m'étonne pas de nos désaccords - cela est bien normal et le ton de notre entretien était d'ailleurs apaisé - mais plutôt de ses esquives permanentes, de ses reculs et de ses imprécisions qui rendaient difficiles l'échange de vues. Dans son discours, j'ai relevé notamment trois ambiguïtés inquiétantes.
Premièrement : sur l'identité nationale, Martine Aubry vit dans le déni et dans le paradoxe. Elle a asséné que «c'est un faux débat qui fait honte à la France». Pour elle, tout se réduit à la question sociale. Je n'élude pas ce point mais je m'étonne qu'elle soit complètement aveugle aux autres fissures qui fragilisent notre communauté nationale, entre la France rurale et la France urbaine, entre les jeunes et les moins jeunes, entre ceux qui sont attachés à l'égalité des hommes et des femmes et ceux qui ne s'en préoccupent pas, entre les Français de diverses origines ou confessions... Lorsque j'ai évoqué mon expérience de maire et les difficultés de nos concitoyens qui ne se parlent plus, qui ne respectent plus, parce qu'ils ne connaissent plus et qu'ils ont peur les uns des autres, elle a répliqué en expliquant qu'à Lille, il n'y avait aucun problème. Là-bas, c'est bien connu, tout le monde s'aime et se respecte. Il n'y a aucune tension entre les habitants... Ce déni d'un des échecs majeurs des politiques publiques depuis 30 ans - celui de l'intégration - est d'autant plus paradoxal que c'est Martine Aubry qui, à chaque fois, a voulu replacer le débat sur le terrain de l'immigration quand j'essayais de montrer qu'il concerne tous les Français.
Deuxièmement, Martine Aubry a fait preuve de légèreté sur le danger du communautarisme et a multiplié des amalgames étonnants entre l'immigration et l'islam. Quand nous avons parlé du port de la burqa, Martine Aubry a jugé qu'une loi d'interdiction serait dangereuse car elle pousserait certaines musulmanes à la porter par provocation... C'est une remarque que j'ai déjà intégrée dans ma réflexion et c'est pour cela que je suis attaché à une phase de dialogue et d'explication avant l'interdiction. Mais que propose-t-elle alors ? Que la République se taise plutôt que d'affirmer ses valeurs ? Pour ma part, je suis très clair sur ce point : une minorité d'extrémistes teste la République, il est de notre devoir de répondre par la fermeté en interdisant le port de la burqa.
A vrai dire, cette légèreté sur la burqa m'étonne peu, Martine Aubry avait déjà eu une position plus qu'ambiguë vis-à-vis de demandes communautaristes à Lille. J'avais été choqué d'apprendre, que, pendant au moins 6 ans, la maire de Lille avait accepté que des horaires d'une piscine municipale de Lille soient réservés à des femmes musulmanes qui ne voulaient pas côtoyer des hommes. Ces femmes avaient exigé et obtenu que le personnel de la piscine soit exclusivement féminin. Un reportage d'Arte dans le magazine « Théma » du 9 décembre 2008 intitulé « quand la République se voile la face », montrait même qu'une piscine avait été fermée pendant la durée du Ramadan. Dans le Parisien du 17 septembre 2009, Martine Aubry avait d'ailleurs à ce sujet reconnu: «J'ai fait un détour par rapport à mes principes, ceux de la République, pour permettre à ces femmes de faire du sport, de sortir de chez elles et tout simplement d'exister». Pourtant, hier, elle était encore dans le déni en expliquant que ces créneaux horaires avaient été ouverts à toutes les femmes, notamment aux femmes obèses qui souffraient du regard des hommes, et pas uniquement à la demande de musulmanes. Toutes les enquêtes de journalistes sur place montraient le contraire... Et si sa décision est anodine, pourquoi a-t-elle fait marche arrière en mettant fin à ce dispositif? La ficelle est un peu grosse. Ce flirt avec le communautarisme est pour moi inacceptable : j'avais été confronté à Meaux à la même demande de la part de femmes musulmanes et j'avais alors refusé de leur accorder des créneaux spécifiques. Cela prouve en tout cas qu'un débat n'est pas inutile sur ces questions auxquelles sont confrontées tous les élus locaux.
Martine Aubry a surtout fait des amalgames étonnants hier. Quand elle a été interrogée sur le port du voile, elle a systématiquement parlé d'immigration. Comme si l'on devait réduire l'immigration à l'islam et l'islam au voile. A ma connaissance pourtant, on peut être Français d'origine maghrébine sans être musulman, on peut être d'origine arabe et être juif ou chrétien, on peut être breton depuis des générations et se convertir à l'Islam, on peut bien sûr être musulmane sans porter le voile. Il faut en finir avec les clichés qui entravent la construction saine de notre vivre ensemble : notre immigration n'est pas exclusivement maghrébine, tous les maghrébins ne sont pas musulmans et tous les musulmans ne sont pas maghrébins.
Au passage, je vous laisse méditer cette perle. Quand je l'ai interrogée sur la politique espagnole à l'égard des clandestins, elle a répondu «heureusement nous ne sommes pas dans la situation de l'Espagne, aux portes du Maghreb...» Je n'ose pas imaginer le scandale que cette phrase aurait provoqué dans la bouche d'un homme de droite.
Troisièmement, pour Martine Aubry l'identité se résume à la République du guichet, celle des droits, mais pas des devoirs. Quand je parlais d'égalité, de fraternité, de liberté, de laïcité, de sécurité, Martine Aubry répondait droits sociaux, services publics, statut de la Poste... Pour résumer sa pensée, elle a eu cette formule lapidaire «L'identité de la France, c'est d'abord la CMU». A croire que Martine Aubry, à l'origine de cette mesure, pense que c'est elle qui a donné naissance à la France. Avant elle, nous étions sans valeur... Bien sûr, les citoyens ont des droits par rapport à l'Etat qui a le devoir de les protéger, mais on ne peut construire une communauté nationale sur la simple revendication de droits. Etre français, c'est aussi se demander comment l'on peut rendre à son pays tout ce qu'il nous a donné.
Une fois de plus, le PS est dans un déni de la réalité sur les fissures qui menacent notre communauté nationale. C'est ce déni qui paralyse la réflexion de Martine Aubry. C'est ce déni qui avait coûté à Lionel Jospin son échec en 2002. Martine Aubry faisait alors partie de son équipe, elle n'en a manifestement pas tiré les leçons. Elle ne semble toujours voir la France qu'à travers les miroirs déformants de la rue de Solferino.
Jean-François Copé








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Commentaire de Christine Bossu
30/11/2009
Je vous rejoints sur beaucoup de points, notamment vos inquiétudes quant à la position plus qu'ambigüe de Martine Aubry et du PS sur l'immigration et les problèmes que pose le prosélytisme d'un islam radical galopant. Les Suisses viennent de voter, non pas contre les moquées comme beaucoup de membres malhonnêtes de l'intelligensia politique et médiatique veulent nous le faire croire mais contre l'édification des minarets. Minarets qui sont le signe ostentatoire d'une religion financée en grande partie par l'Arabie Saoudite où les églises et les synagogues ne sont pas tolérées, rappelons-le au passage. Où vous placez-vous dans ce débat ?
Commentaire de NRV
30/11/2009
Commentaire de RÉMOND
30/11/2009
Puis j'ai assisté avec bonheur à Tassin la Demi-Lune à votre intervention remarquable auprès des militants UMP du Rhône dont je fais partie.
Je comprends votre position très respectable en ce qui concerne l'échéance 2012, mais j'avoue que j'ai hâte de vous voir aux commandes (j'ai déjà 68 ans ...). Vous apporteriez votre énergie, votre clairvoyance en évitant, je le pense, certaines "postures" parfois décevantes ou irritantes de notre Président actuel, que je considère tout de même comme notre meilleure chance à ce jour.
Bon courage et soyez toujours aussi diplomate et pugnace.
Commentaire de ROEDIGER
01/12/2009
Commentaire de BOULAY
02/12/2009
dans la ville ou M FABIUS est le MAIRE il m'a confirme qu'il n'y a aucun magasin alimentation, restaurant logement sociaux ex. appartenant a des personnes d'origine autres que français esce vrai ? si oui fervant de droite et adhérent génération france je vous demande si possibilite de le dénoncé car la personne travaillant avec moi et de gauche et en passe de changé car il en a marre des donneurs d'ordres
Commentaire de michel
05/12/2009
pas de langue de bois,,,
25 ans de laxisme ,et au bout le foutoir
étre français,et avoir la double nationalité,c"est quoi?
l"espagne a instaurer la préférence nationale,elle fait repartir les étrangers sans travail,,
nous,c"est tout le contraire,,,ils rentre de partout,en france,et en outre-mer,,,j"ose même pas vous parler des commores,97% musulmans,ne parle pas français,sont bigames,et contre l"avis de l"ONU et du président des commores,,sarko veut qu"il soit français,,et on ne vous a pas entendu sur cette idiotie?
le retour, des étrangers condamnée pars la justice,,toujours rien
la france est en crise et pour longtemps,,,
et personne n"ose prendre des mesures drastique dans tout les domaines de peur de se faire traiter de raciste,,,
notre pays va droit dans le mur,,,et personne n"a le courage de faire la vrais rupture,,gauche comme droite
Commentaire de richard
06/12/2009
Commentaire de Dutrou Raymond
07/12/2009
R. Dutrou
Commentaire de Gabrielle
12/12/2009
Commentaire de HADJI Christian
13/12/2009
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