De retour d’Afghanistan…
Réflexions de Nicolas Dhuicq, député de l’Aube, membre de la Commission de la Défense nationale et pilote de l’Atelier « Puissance » de GénérationFrance.fr
Le 11 septembre 2001, les États Unis d'Amérique se voyaient frappés en plein coeur de leur territoire pour la première fois depuis la guerre civile (1861-1865). Or, cet évènement revêtait deux particularités: premièrement il ne s'agissait pas d'un état de guerre entendu comme le cadre conceptuel régulant les actes de violence entre états, et deuxièmement la cible, outre son aspect symbolique de place financière d'une grande démocratie, concernait des non combattants.
A la suite de cet événement, le 7 octobre 2001 les États Unis d'Amérique alliés à de nombreux pays décidaient d'une action militaire forte pour directement détruire tant le sanctuaire que le système politique qui soutenait les terroristes à l'origine des attentats sanguinaires. Depuis 7 ans, la France collabore à l'effort militaire en Afghanistan et renforce ses moyens opérationnels dans le cadre de l'ISAF (International Security Assistance Force) qui regroupe 40 pays dont 26 membres de l'OTAN et 14 hors OTAN.
En août 2008, le pays perdait dix de ses soldats au combat. Nos compatriotes prenaient alors conscience d'un monde réel empreint de risque, de violence et dans lequel la mort frappe. Dans le même temps revenait à nos mémoires le fait oublié depuis 46 ans qu'un conflit pouvait être gagné sur le terrain et perdu au plan politique.
La situation en Afghanistan nous conduit à poser plusieurs questions: Pourquoi avons nous des soldats engagés, avec quels buts de guerre? Quelle est la nature du conflit ? Avec quels moyens? Une sortie du conflit est-elle envisageable ?
Nos troupes sont en Afghanistan pour quatre motifs principaux.
Le premier a été cité plus haut, il s'agissait de détruire un sanctuaire du terrorisme.
Le deuxième en découle car notre présence est désormais nécessaire pour interdire aux talibans le retour aux affaires afghanes, ce deuxième objectif sera long. En effet, pour être atteint il nécessite de sécuriser le territoire afghan et de le rendre aux afghans eux-mêmes. Envisager du reste un départ serait immédiatement exploité par les insurgés comme une grande victoire stratégique, avec exportation plus forte encore de leur pouvoir de nuisance vers les régions limitrophes, puis plus largement.
Le troisième est d'ordre moral car le pouvoir taliban était la négation même de notre humanisme. Il s'agissait du déni de l'égalité entre hommes et femmes, de la volonté d'établir une théocratie intégriste mondiale et de la destruction des idées de culture et de progrès. Cet objectif moral que nous avons choisi implique une conséquence. En l'utilisant comme argument pour notre maintien, nous l'avons ainsi rendu crucial à atteindre.
Le quatrième motif est en rapport avec le rôle particulier de la France. Nation cadre dans la structure otanienne qui avec le Royaume-Uni fait un effort significatif de défense, notre présence se trouve là primordiale si nous voulons voir l'Europe prendre sa place dans le concert des nations. En effet, l'Afghanistan se trouve dans une position géographique essentielle au carrefour de l'Iran, des ressources du Kirghizstan et bien sûr du Pakistan, dont la stabilité interne est préoccupante. Il faut souligner que l'effort européen est important: environ 4 milliards d'euros entre 2002 et 2006. Il était difficile à notre pays qui compte favoriser l'émergence d'une défense européenne de rester à l'écart de la coalition actuelle. Souvenons nous du reste que la majorité de nos opérations extérieures se déroulent désormais dans un cadre multinational.
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